Valendra : épisodes 1-6

1. Je suis Dave

   Sa longue cape blanche flottait au grès de la douce brise de Valendra. Du haut de la plus haute tour de la ville, il voyait tout. Il pouvait voir les flammes s’élever au-dessus d’une petite maison de campagne, le sang dans les quartiers russes, les bouches d’égout renfermant toute une flopé de brigands de toutes sortes, la peur des habitants… Perché tout en haut de la ville, il réfléchissait. Il se demandait comment faire pour ramener la paix dans ce monde tourmenté, comme remettre en ordre la folie. Il trouverait, il n’était pas n’importe qui, sa cape blanche l’attestait.

De celle-ci, seul son nez aquilin dépassait, tout le reste de son visage étant dissimulé sous sa capuche. Son identité resterait secrète auprès des habitants de la ville qu’il observait depuis déjà trois mois du haut de cette tour, sans faire le moindre bruit, le moindre geste, attendant simplement son heure. Elle viendrait.

Ce n’est qu’au terme de ces trois moins qu’il décida d’entrer en lice. Il leva alors les deux bras au ciel, et s’exclama :

« Dave est la lumière, Dave est l’ombre. Dave est l’homme, Dave est l’animal. Il est le ciel comme la terre, l’eau comme le feu, le cœur comme le bras. Il représente l’amour et la haine, la lucidité et la folie. Dave possède une force incommensurable mais il est plus faible qu’un poulet mort. Il est né avant son père, alors que sa mère était encore vierge, sauf qu’il n’est né de rien. Il est drôle en faisant pleurer. Il sait voler en vivant sous terre. Dave ne connais pas grand-chose alors qu’il connaît l’encyclopédie sur le bout des doigts.  Dave est un romancier célèbre mais il regrette de n’avoir pas pu apprendre à lire. Il est le balai et l’aspirateur, l’aiguille et le pull, le caleçon et la paire de chaussettes décolorés. Il est l’alpha et l’oméga. Dave est un homme surpuissant qui se fait des entorses en soulevant des carottes. Dave… Il est Dave… Nous sommes Dave… Qui est Dave ? Qui est ce dieu incontestablement au-dessus de toute puissance humain ? Existe-t-il réellement ? N’est-il qu’un simple mirage ? Où est Dave ? Caché sous un tas de foin ou sous une montagne de pierre ? Se trouve-t-il au bar ou à l’église ? Superbe Dave… Je le vénère, il est beau malgré sa laideur. Il est fort malgré sa faiblesse. Il est dieu malgré son humanité. On ne peut atteindre la cheville de Dave qu’en la touchant du doigt. On ne peut tuer Dave qu’en essayant d’être Dave. Mais personne n’est Dave, pas vraiment. Car il est le début et la fin d’une histoire qui commence en haut de la plus haute tour de Valendra, car il est le personnage principal et à la fois l’apparition sans intérêt du film de cette grande épopée. Dave est tout, et je suis Dave. »

Il a ouvert ses deux bras, a fait un pas en avant, et a chuté du haut de la tour, sur plusieurs kilomètres de haut.

2. Explosions

   Et tout partis en fumée au travers de la rue principale des faubourgs.

Vladimir plaqua sa main droite devant son visage et serra contre son torse le canon de son fusil. Près de lui, il sentit voler des amas de débris provenant des pavés de la ruelle et se demanda à quel point la bombe d’Igor avait fait effet. Au fond de lui, le communiste russe espérait que le palais du prince eut été touché et que ce dernier fut mort dans l’explosion. Cette pensée l’enflamma et, une fois de plus, réveilla au fond de lui son esprit révolutionnaire. Sa bouche s’ouvrit, et il cria :

« Pour la Révolution ! Pour le peuple ! »

À ces mots, des hourras répondirent dans son dos. Le peuple était derrière lui et aucun de tous ses partisans ne le lâcherait à moins de mourir. Il sentait la victoire poindre à l’horizon et, dans cette nappe de fumée, il pouvait presque distinguer au sol les formes des corps des soldats princiers morts sous leurs coups de feu. Et cela le faisait particulièrement jouir intensément.

« Hourra ! Hourra ! Hourra ! répéta le peuple dans son dos.

— Pour nous ! »

C’était la voix d’Igor qui venait de percer la brume à ses côtés. Igor… Il était donc vivant lui aussi malgré les coups de feu qui avaient balayés leurs lignes de parts en parts. Savoir que son second se mouvait près de lui et respirait remonta le moral de Vladimir ; la victoire était encore plus proche qu’à la seconde précédente, plus sûre encore que lorsque la bombe d’Igor avait envoyé sur le pavé une trentaine de gardes princiers armés jusqu’aux dents.

L’explosion avait émut Vladimir au point de lui faire couler une petite larme le long de sa joue, au point de remplir son cœur d’un sentiment de bien-être intense. Elle était le signe de leur victoire et leur donnait accès au palais. Si tout se passait bien, le prince aurait la gorge tranchée dans moins d’une heure.

« Vladimir ? »

Le communiste sentit une main secouer vivement sa manche afin de l’interpeller. Il se retourna pour se retrouver face au visage de son second qu’il savait là mais ne voyait pas à cause de la poussière qu’avait soulevée l’explosion.

« Notre plan a parfaitement fonctionné, continua-t-il, la porte vers le palais nous ait ouverte. Il faut profiter de la brume pour entrer dans les jardins et massacrer furtivement les soldats restants. Le régiment pourvu de lunettes thermiques est paré à être envoyé. Il ne nous manque que votre ordre. La nouvelle ère de Valendra va pouvoir commencer. »

Vladimir se gratta le menton et attendit pour répondre l’espace d’une dizaine de secondes comme pour faire durer le plaisir que lui procurait le sentiment de victoire qui l’envahissait. Enfin, il releva la tête, et s’adressa à son second.

« Igor, dans combien de temps se propagera le nuage de poussière ?

— Dans une dizaine de minutes, s’empressa de répondre l’intéressé.

— Exactement le temps qu’il nous faut pour pénétrer dans le palais et prendre le contrôle de toute la ville. Cette bombe, Igor, c’était de l’excellent travail. »

Le second ne répondit rien, probablement touché par le compliment ou trop modeste pour oser dire quoi que ce soit. Devant son mutisme, le chef des communistes se lança à nouveau, les poings serrés en signe de victoire.

« Vous serez promu une fois tout cela terminé au rang de ministre de Valendra. Ce poste est fait pour vous, Igor.

— Merci, chef. Dois-je envoyer les troupes dès maintenant ?

— Oui, Igor, allez-y. C’est le moment de rendre au peuple ce qui appartient au peuple. C’est en ce jour que nous changeons le destin du monde. »

Le silence retomba alors sur la ruelle qu’un nuage de poussière plongeait dans le noir puis un homme appuya sur son talkie-walkie et donna l’ordre de foncer sur le palais sans faire le moindre survivant.

Oui, pensa Vladimir en lui-même, une nouvelle ère commençait bel et bien en cette rue. Et le plus beau dans tout cela était qu’il en était le créateur.

3. Sous la ville

   Ils étaient tous là, parfait. Les trolls de la section numéro trente, les orcs de la quarante, et toutes les autres créatures des égouts de la ville étaient venus à lui pour entendre son discours. Toute cette assemblée de monstres, d’animaux infirmes, et de tant de renégats délaissés au fond d’un trou ou traqués par la justice ou par des âmes vengeresses se tenaient face à lui en cette douce matinée dont ils ne voyaient même pas le soleil.

De son œil vert unique, le chef des bandits parcourut son armée de brigands qui ne rêvaient que d’une seule chose : voir éclater une révolution et se venger de cette société qui les avait jetés au fond d’un trou. Sous sa longue écharpe qu’il avait comme à son habitude noué autour de sa tête, le leader des égouts voyait bouillonner en chacun de ces cœurs une envie de destruction plus intense et forte que n’importe quelle force présente en cette ville. Ils voulaient tous le même changement et désiraient tous sans exception voir tomber le pouvoir et contempler la légendaire Valendra pleine de bandits et de pourceaux infâmes. Ils la voulaient mortes, les maisons en feu et les bonnes femmes pleines d’argent poignardées sur les landaus de leurs nourrissons grassement nourris dont avec le sang ils auraient repeint les murs du palais princier. Ce que voulait cette troupe de vauriens était le chaos, le règne du mal. Déjà, devant lui, et avant même qu’il eut ouvert la bouche, Hector voyait les longs couteaux de chacun sortis de leurs fourreaux et prêts à aller trancher des gorges à la surface de la Terre. Ils étaient impatients de sortir dehors et de semer la destruction dans le cœur d’un millier d’innocents.

Combien étaient-ils à avoir été chassés dans le fond des égouts sans autres ressources qu’un long couteau que chacun avait précieusement gardé près de lui comme le plus cher des trésors dans l’attente du jour où il s’en servirait pour poignarder l’homme qui l’avait auparavant précipité dans cet enfer. Tous avaient encore ce couteau et tous étaient hors de soit à l’idée de pouvoir enfin détruire ce monde cruel. Mais de toutes les créatures qui se trouvaient en face de lui, l’une d’elle était à coup sûr bien plus surexcitées que les autres à l’idée d’aller trancher des êtres innocents et de reprendre le contrôle de la ville.

Barkunz se tenait droit dans l’un des coins de la pièce principale du refuge du chef des bandits dans les égouts. Ses dents pointues comme des rasoirs et aussi grandes que des épées dépassaient de chaque côtés de sa bouche qui se tordait en un rictus. Toute sa peau aussi verte que la vase des marais se tendait sous l’effet de ses muscles qui se tendaient sous sa colère, sous son envie plus que dévorante de remonter à la surface pour dégommer, de cette fabuleuse hache accrochée dans son dos et qu’il avait forgé lui-même avec les dents de certains de ses compères qu’il avait tué, au moins une centaine de pauvres êtres humains. Le colosse orc de deux mètres cinquante était impatient de se précipiter à l’assaut de la ville.

C’est devant ses yeux pleins de rage qu’Hector se décida à prononcer le discours qu’il avait préparé pour l’occasion.

« Mes frères, mes sœurs. Il est temps pour nous de remonter à la surface, je crois que j’ai été clair ses derniers mois à propos de cette décision que vous connaissez déjà. J’ai en effet fait vrombir de nouveau les forges des égouts que les trolls et les orcs créèrent il y a de cela trois ans et fait sortir de ces flammes une centaine d’armes à feu et des munitions pour tous. Là-haut, ils ont des armes plus perfectionnées que les nôtres. Au-dessus de nos têtes, ces hommes sont prêts à nous accueillir le sourire aux lèvres en pensant nous détruire tous à la fois d’une simple bombe, d’une rafale de balles venue du ciel, ou d’un tir de tank. Mais ce que ne savent pas ces hommes de là-haut, c’est que nous pourrissons pour certains de nous depuis une trentaine d’années sous leurs pieds, il regarda Barkunz en disant cela et lui lança un sourire qu’il lui rendit du coin des lèvres. Cela fait maintenant trente ans que les premiers d’entre nous sommes descendus ici les menottes aux mains dans le but d’y mourir. Ils voulaient que nous crevions ici comme des rats mais, même si de ceux qui m’ont désignés à notre arrivée ici comme chef, il n’en reste presque plus, nous sommes toujours là dans une unité parfaite et prêt à tout saccager. Mes frères, mes sœurs, aujourd’hui, et sans attendre, nous allons marcher sur Valendra et rendre notre propre justice. C’est maintenant que nous entamons un nouveau chapitre de notre histoire. Et moi, Hector, chef des brigands de Valendra qui depuis trente ans vous aide à vivre, vais mener notre peuple vers la victoire comme je le fait depuis des années ! »

Il leva sa patte vers le ciel afin de stimuler les troupes et mettre fin à son discours sous les hourras de milliers de renégats. Sous son bandana, le chat noir cligna du seul œil vert qui lui restait en souriant. Il venait d’accomplir ce qui mettrait en route le nouveau départ de son peuple.


Archive pour janvier, 2012

BabyZeroes : épisodes 7-12

Episode 7 : yeux vagabonds à la piscine.

Piscine municipale de Paris ; France.

   S’amuser comme un fou dans les courants de la piscine de son quartier durant des heures était sûrement l’un des passe-temps favoris de Max. Il pouvait passer des heures à tenter de dévaler les courants dans toutes les positions possibles et imaginables. Peut-être que c’était puérile pour un adolescent de seize ans, mais il s’en moquait ; Max avait appris que le regard des autres ne représentait qu’une simple aiguille dans la paume de sa main quand le siens se trouvait être un pieu planté dans sa poitrine. Il savait depuis longtemps que seul ce qui lui plaisait importait et ne comprenait pas pourquoi sa jumelle n’en faisait jamais de même. Claire n’avait personne à qui prouver qu’elle était une jeune femme exceptionnelle…

   La jeune fille se tenait assise sur le bord de la piscine, ses yeux se baladant au rythme des rapides afin de surveiller la progression de son frère. Sa mission était de le protéger contre tout. Il faut dire aussi qu’il ne l’aidait pas beaucoup dans cette tâche qu’elle s’était confiée quelques années avant cela. Le voir dévaler les courants l’amusait énormément, lui rappelant lorsqu’elle le faisait aussi à ses côtés. « Claire ! Viens nager avec moi ! Tu verras, c’est amusant. » L’ombre d’un sourire étira le bord de ses lèvres lorsque son frère lui cria, tout en faisant de grands tours de bras afin de la faire regarder dans sa direction, de venir le rejoindre.

   J’ai promis à maman de ne jamais te laisser tomber, Maxime, jamais. Pleurer ne sert plus à rien, tu te dois d’être fort désormais, tu dois tenir pour faire plaisir à papa et maman, nous n’avons plus le choix désormais. Quand ils se déclencheront, nous devrons être encore plus forts que maintenant. Tu as vu ce qui est arrivé ? Il ne faut rien lâcher. Suis-moi ! Nous partons, loin. Je dois trouver un lieu pour nous deux, pour que nous puissions survivre. Je ne te demande qu’une seule chose : les gens ne doivent jamais savoir ce dont nous sommes capables.

«  Claire, pourquoi tu ne veux pas venir avec moi ? »

   Le garçon avait nagé jusqu’à elle, posé ses mains sur ses genoux, et la regardait désormais avec de grands yeux pleins d’espoir et de peine. Sa sœur le fixa durant quelques secondes puis, ne pouvant supporter plus longtemps son regard, baissa la tête devant lui. Parce que je dois être responsable pour nous deux. Parce que maman m’a dit que j’étais la plus forte de nous deux et que je me devais d’être un exemple, des yeux, et un bouclier pour mon frère. Je suis désolé. Si seulement ces mots avaient pus sortir de sa gorge à ce moment-là… Elle aurait aimée lui dire cela… En remontant les yeux vers son frère, elle aperçut quelque chose de louche dans son dos.

   Un homme, chauve, les observait déjà depuis quelques minutes, fixement. Ses intestins firent un nœud en son ventre. Ils les avaient finalement retrouvés.

Episode 8 : mal de cheveux.

Rues de Tokyo ; Japon.

Combien de fois lui avait on dit de se méfier de l’alcool ? Entre sa mère, ses amis, son ex-copine… Mato ne comptait même plus tant le nombre était important. Tout le monde lui disait qu’un jour il ferait n’importe quoi à cause de la boisson  mais le petit japonais se fichait cruellement de toutes ces préventions débiles. Comme il le disait très souvent, il voulait simplement vivre en profitant de tous les instants.

Mais il faut dire que Mato était sérieusement sec ce jour-là. Couché sur le trottoir, devant la porte de sa maison, sa langue pendante au bord de ses lèvres… Heureusement que personne n’était ici pour le voir dans cet état. Depuis combien de temps se trouvait-il là ? Qu’est-ce que ses amis avaient bien  pus faire de lui lorsqu’il était évanouis ? Il ne pouvait avoir les réponses à ses questions.

C’est un  morceau déchiré de papier journal qui tira le japonais de sa rêverie, lui arrivant droit en pleine tête. Alors, il se rendit compte soudainement qu’il léchait le sol sale de la rue, que son genoux droit était fermement posé sur une crotte de chien, et que sa cravate était nouée autour de sa tête telle le bandana de John Rambo. Quel honte ! Jamais plus il ne touchera un gramme d’alcool, se promit-il en se levant, plus jamais.

C’est alors qu’il remarqua que tout n’était pas au plus bas pour lui en cette belle matinée. Devant lui, se dressait la porte de son appartement devant lequel ses amis avaient pris soin de le déposer une fois avoir fait de lui des choses dont il n’osait même pas en imaginer la nature. Quel imbécile je fais ! pensa-t-il en sa tête.

Mato glissa sa main dans la poche déchirée de son veston, cela sûrement du à ses péripéties de la nuit passée, et la fouilla afin d’y retrouver son trousseau de clé. Ce n’est qu’au terme d’une longue minute, son temps de réaction encore freiné par tout le saké qui avait coulé au fond de sa gorge durant la nuit, que le petit japonais d’un mètre et demi se rendit compte que le tintement pourtant fort habituel de ses clés ne parvenait pas jusqu’à ses oreilles. Il poussa sa main jusqu’au fond de sa poche, la retourna, enleva son veston dans le but de mettre sa tête dans sa poche, au cas où. Rien.

« Petits enfants de putains ! jura tout fort Mato en découvrant la perte de ses clés. Allez au diable ! »

Désespéré, et aussi épuisé par sa nuit, il s’appuya contre le mur de son appartement pour reprendre des forces. A ce moment-là, Mato sentit quelque chose prendre soudainement forme au fond de son corps, une force inconnu qui semblait surgir de son cœur et sinuer ses artères pour se transmettre à tout son organisme. D’où cela venait ? Une envie subite de vomir toute l’alcool emmagasinée ? Non, cela ne ressemblait pas du tout à cela. En tout cas, cela devait avoir un rapport avec le fait qu’il était nu comme un ver sur le sol du salon quelques secondes après.

Episode 9 : un homme étrange.

Piscine municipale de Paris ; France.

Il avançait lentement entre les cabines d’essayage de la piscine, faisant attention à chacun de ses pas pour qu’ils ne fassent aucun bruit sur le carrelage humide. L’homme veillait à ne pas glisser, à ne pas perdre pied ; cela lui arrivait bien trop souvent d’être imprudent et de trébucher comme un idiot en risquant de mettre à mal toute une mission. Cette fois-ci, il ne devait pas faire la moindre petite erreur. Ses supérieurs seraient alors très fiers de lui.

« Ils ne sont plus très loin je crois, pas vrai ? »

Le chauve se retourna pour se retrouver face à une simple cabine d’essayage. Peut-être se serait il fait soigner pour paranoïa s’il n’avait pas vu les deux pieds qui dépassaient sous la porte.

«  Vas-tu te taire ? Personne ne doit savoir que nous sommes ici, lança-t-il tout bas à l’adresse de la personne qui se tenait à l’intérieur de la cabine.

̶  Ne t’en fais pas pour ça. Je voulais juste savoir, avait répondu une voix de femme, c’est toi qui est le GPS après tout…

̶  Je ne suis pas un GPS ! Je sais juste où il se trouve, rien de plus. Maintenant, tais-toi, s’il te plaît. Je dois aller les retrouver. »

Ses jambes partirent au pas de courses afin qu’il n’entende pas la réponse de son acolyte, il n’en avait pas vraiment envie. Pourquoi était-ce toujours avec elle qu’ils le mettaient pour partir en mission ? Elle était tout simplement insupportable, et loin d’être belle en plus de cela.

Il arriva dans les douches et, pour tenir son rôle de baigneur du dimanche jusqu’au bout, se passa de l’eau sur tout le corps. Cela dura environs une minute. Ensuite, il se posa sur le bord de la piscine et regarda tout autour de lui afin de repérer ses deux proies. Cette besogne ne dura que quelques secondes. La fille fut la plus simple à repérer ; posée sur le rebord de la piscine, sans bouger. Pour le garçon, ce fut plus difficile à trouver tellement il dévalait les rapides à pleine vitesse. L’homme se mit à marcher de long en large sur le bord de la piscine, observant tout ce qu’il s’y passait, puis se posa en face de la jeune fille. Et il attendit une opportunité.

Elle était calme, gardait son frère comme un faucon garde ses petits, comme une mère envers son enfant. Dans son regard, le chauve voyait une flamme brûler intensément. Son corps se tenait droit, sa bouche fermée comme gardienne de milliers de secrets qu’elle ne voulait dévoiler. Ce n’était pas une adolescente qui se tenait en face de lui, c’était une femme, une guerrière que la vie a d’ores et déjà à son âge rendue plus forte. Il comprenait pourquoi ses supérieurs avait dit qu’elle était sûrement l’une des plus puissantes ; cela se lisait en son regard. Quant à son frère, c’était une toute autre histoire. Il n’avait pas l’air fort, voir même faible, mais les deux jeunes marchaient par deux et il ne pouvait se contenter seulement de la fille. Il lui fallait se saisir des deux en même temps.

Episode 10 : ça va chier !

Piscine municipale de Paris ; France.

Cela faisait déjà environs cinq minutes qu’il les observait, il ne s’agissait plus d’une simple coïncidence comme elle l’avait pensée au début. Les tripes de Claire se serrèrent subitement à l’intérieur de son corps à la vue de l’homme au crâne dégarni. Sa mère lui avait dit de se méfier d’eux, elle lui avait précisée qu’il les traquerait jusqu’à ce qu’il soit retrouvé. L’homme au crâne brulé… Le chauve… C’était lui.

« Max, chuchota-t-elle à son frère qui s’amusait à plonger sous l’eau juste devant elle. Arrête de faire l’imbécile ! Tu dois m’écouter. Il n’y a plus une seconde à perdre et…

̶  Ouais, gros ! »

Il était réellement insupportable et, comme d’habitude, cela énervait sa sœur au plus haut point. Mais, dans un moment comme celui qu’ils étaient en train de vivre à l’instant même, Claire ne savait comment réagir envers son frère. Son visage, plus sérieux que celui d’une statue de marbre, tournait à droite et à gauche afin de voir où était le chauve.

« Tire sur mon gros bédo ! Allez grosse, vas-y ! Choppes moi ce…

̶  La ferme ! »

Ce dernier mot avait été accompagné d’un sérieux coup de pied qui plia Max en deux. Ce dernier tomba à la renverse dans la piscine et décida en se relevant, afin de ne pas s’attirer une fois de plus les foudres de sa sœur jumelle, d’accorder plus d’attention à ses paroles.

« Nous devons partir immédiatement de la piscine. Nous sommes en grand danger ici et on ne peut se permettre d’attendre plus. Maman m’avait dit de me méfier de certaines choses et, si tu veux lui faire plaisir, tu dois l’écouter, compris ? »

Le garçon hocha la tête d’un air incertain et décidé d’obéir à sa sœur. Après tout, si leur mère lui avait dit, il se devait de l’écouter les yeux fermés. Claire fouilla le rebord de la piscine des yeux mais ne vit plus l’homme qui les guettait quelques secondes auparavant. Marchant un peu plus loin, vers la sortie, ce dernier tentait de s’enfuir par les cabines d’essayage. « Suis-moi ! cria Claire à son frère. Nous devons rattraper quelqu’un ! »

Sans attendre, Max suivit sa sœur vers les douches afin de poursuivre l’homme qu’elle avait repéré. Il trouva son comportement étrange, même si cela ne l’étonnait plus qu’à moitié venant de sa sœur. Poursuivre un chauve… Quelle folie. Leurs pieds glissaient sur le carrelage humide de la piscine, les gens les regardaient passer d’un air entre le questionnement et la pitié, et une petite fille cria même à l’adresse de sa mère qu’elle se croirait au zoo. Mais cela importait peu pour Claire, il lui fallait des réponses, et peut être même une vengeance.

L’homme s’engouffra dans une cabine et, avant même qu’il ait eu le temps de la refermer, la main de Claire s’était glissée entre elle et la porte. Elle entra à l’intérieur, sauta en maillot de bain à la gorge de l’inconnu, plaçant ses jambes de chaque côtés de son cou, et le renversa. Une fois sur lui, elle entreprit de lui bloquer ses bras à l’aide de ses pieds, et de poser une main sur sa gorge en mettant de la pression.

« Qui es-tu ? »

Aucune réponse ne sortit de la bouche de l’étranger, seulement un petit rire amusé. Il se moquait d’elle, Claire ne supportait pas cela. Son poing partit sans attendre vers le visage du chauve et, avec un craquement sinistre, lui brisa le nez.

« Parle ! Qui es-tu ? Pourquoi nous observais-tu quelques minutes avant ? »

Toujours rien, juste un sourire, un second coup de poing, en plein sur le torse cette fois-ci.

«  Dis-moi !

̶  Je suis ton destin, Claire. C’est grâce à moi que tu es celle que tu es aujourd’hui et celle que tu seras demain. »

Un craquement résonna alors soudain et une femme brune, boutonneuse et rondouillette, se tenait alors à côté d’eux. Elle posa sa main sur l’épaule du chauve, il y eu un second craquement, et ils disparurent. Claire était seule sur le carrelage froid de la cabine d’essayage, les jambes encore écartées autour d’un corps envolé et la main serrée à l’endroit où se trouvait la gorge de son ennemi deux secondes auparavant.

Episode 11 : un pouvoir pervers.

Appartement de Mato, Tokyo ; Japon.

Mato ne se réveilla que trois heures après avoir franchi le mur de son appartement sans avoir besoin d’en ouvrir la porte. Depuis cet instant, il dormait nu sur son paillasson sans montrer le moindre signe extérieur d’une envie de se lever et de se rendre compte de ce qui était en train de se passer. Ses ronflements incessants renforçaient au contraire cette impression de bien être dans lequel il se trouvait. Pourtant il était nu, totalement nu. Ses beaux vêtement de soirée n’étaient plus sur lui et tout son corps, jusqu’à ses parties génitales, était exposé aux yeux de son chat blanc qui le regardait d’un air curieux depuis environ une heure.

Ce bon gros Wasabi ne manquait pas d’air, mater à ce point Mato, son maître, mériterait même qu’il soit maté. Mais bon, il faut dire que le caractère de Wasabi ne manquait pas de piquant et il parvenait parfois même à faire monter la moutarde au nez de son maître de sorte à ce qu’il en vire au rouge piment. Sacré Wasabi…

En tous cas, Mato gisait tel un clochard sur sa carpette, étrangement à poil pour un japonais imberbe de sa tempe. Pourquoi s’était-il retrouvé dans ce triste état ? Personne ne le savait vraiment mais, ce qui était à peu près certain, c’est qu’il allait avoir une drôle de surprise en se réveillant après avoir cuvé tout son saké de la veille. Pour le moment, Mato n’était encore qu’un pauvre petit employé de banque innocent, cela allait changer dans très peu de temps. Son pouvoir était grand, très grand. Il commençait à s’actionner, ce ridicule pouvoir qui, comme tous les autres, ne servait strictement à rien.

Mato pouvait traverser les murs, tous les murs : acier, pierre, bois, terre… Mais pas seulement. Le petit japonais pouvait aussi passer au travers d’une table, d’un arbre, d’une poubelle, et même d’un corps humain… Il pouvait faire tout cela, mais sans ses vêtements.

Pour l’instant, Mato ne le savait pas, il dormait. Quel surprise allait-il avoir en se levant, quelle drôle de surprise…


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