Chapitre 23 : Un étrange pouvoir

Forêt de Céladopole – Des années auparavant

« Gentille petite fouine, tu as bien vécue. Maintenant c’est le déclin, il faut arrêter. » A chacune des paroles de sa chanson, l’enfant de dix ans tirait sur la queue du Fouinette qu’il tenait en otage. S’amusant avec lui, il prenait un malin plaisir à torturer le petit pokémon comme s’il s’agissait d’un jouet.

Cela faisait des heures qu’il traînait dans les bois en long et en large, attrapant des pokémons sur son passage dans le simple but de s’amuser un peu avec eux. Depuis des années, c’était l’occupation du petit garçon et il s’en contentait à merveille. Pendant que son grand frère lisait des bouquins ou se consacrait entièrement aux études, lui préférait s’éloigner de tout cela en allant s’amuser. Avant de partir, sa maman lui donnait un goûter et un bisou sur le front et il souriait.

Le petit garçon n’était pas un mauvais bougre, beaucoup le chérissait et l’adorait. Son seul petit défaut était d’être parfois un peu bizarre comme ces fois où il torturait des pokémons en disant des horreurs. Mais qui peut dire étant enfant ne jamais avoir été cruel ?

A l’école, il était souvent rejeté pour sa différence que seul son grand frère comprenait. C’était sans doute à cause de ces pouvoirs qu’il ne comprenait pas qu’il en était arrivé là. Un jour, alors que la maîtresse s’en prenait à lui parce qu’il n’avait pas fait ses devoirs, le petit s’en était échappé en se téléportant miraculeusement chez lui. C’était sa mère qui l’avait retrouvé le soir en rentrant alors que toute la ville était en alerte. Personne n’avait compris ce qu’il s’était passé, alors les adultes avaient mis cela sur le dos d’une fuite de gaz qui aurait soit disant donné quelques visions. Mais cette idée de fuite de gaz n’était généralement pas crédible pour les enfants qui l’avaient alors simplement traité de sorcier.

Alors qu’il torturait le petit pokémon, le petit garçon allait avoir une drôle de surprise. « Lâche ce pokémon immédiatement ! » Brusquement, sa main fut entrainée en arrière et il fut contraint de lâcher la queue du Fouinette qu’il tirait depuis plusieurs minutes. Bien qu’il ne comprenait pas comment cela s’était produit et qu’il avait un peu peur, il se retourna tout de même et tomba sur une fillette de son âge. Et c’était là qu’il avait rencontré sa meilleure amie.

La fillette descendit de l’arbre sur lequel elle était perchée en lévitant ; du moins c’était le moyen qu’avait cru voir le garçon à ce moment. Elle se trouvait juste au-dessus de lui quand il était en train de torturer le Fouinette mais il n’avait pas senti sa présence, ce qui lui sembla au départ étrange car il était rare qu’il ne sache pas si quelqu’un l’observait ou non. En temps normal, il aurait sans doute courut loin, jusque dans les bras de sa mère si jamais c’était arrivé auparavant, de peur de se faire tuer par un méchant comme elle le répétait souvent à ses fils pour leur éviter des ennuis. Mais ici, la jeune fille inspirait de la confiance au petit garçon.

Cette dernière était vêtue d’un jean délavé et troué par endroits, ainsi que d’un tee-shirt violet trop grand pour elle. Le petit garçon remarqua tout d’abord ses longs cheveux bruns et lisses ainsi que ses yeux légèrement bridés. Bien qu’il se demanda d’où pouvait sortir la fillette, il était à ce moment plus préoccupé par la manière dont elle lui avait fait lâcher le pokémon. C’était quelque chose que lui seul était parvenu à faire auparavant…

Encore à l’école, Anthony Meles s’était un jour vanté de pouvoir faire tourner son stylo dans ses doigts mieux que n’importe qui et qu’il relevait le défi de battre tous les élèves un par un. Lui avait relevé le défi en plein milieu de la récréation et avait battu le record de l’école. Le stylo d’Anthony avait volé jusqu’au banc opposé de celui où ils s’affrontaient dès le début de l’affrontement et les enfants avaient recommencés à le traiter de sorcier. Mais ce n’était pas la première fois.

Un jour, il avait réussi en dormant à se retrouver sur le toit d l’immeuble, dix étages plus haut alors que sa mère dormait, portes et fenêtres fermées à doubles tours. Il avait quatre ans lors de ce petit épisode et personne n’avait jamais réussi à expliquer le phénomène. La vieille Margueritte avait soit disant vu quelque chose voler vers le sommet alors qu’elle regardait par la fenêtre lors de l’une de ses innombrables insomnies mais, pour ne pas changer, tout le monde l’avait jugé comme folle.

Lors de l’anniversaire de ses cinq ans, sa mère lui avait fait un super gâteau au chocolat mais jamais celui-ci n’avait atteint la table du salon et avait été retrouvé sous les draps du garçon lorsqu’il avait été temps de partir se coucher. Une autre fois, c’était la maîtresse qu’on avait retrouvé perché au clocher de l’école après une altercation à la fin des cours avec son élève pour cause de devoirs non faits, comme il était souvent question. Encore une fois c’était passé presque inaperçu, même si personne n’avait expliqué le pourquoi du comment de l’affaire. Enfin, on ne pouvait pas enfermer un gamin sans preuve.

Seulement, les autres enfants n’avaient pas vu ces choses de la même manière et avait commencés à le taper durant une semaine entière. Mais heureusement, son frère l’avait défendu et avait mis les autres enfants hors de combat grâce à ce qu’il avait appris au cours de karaté auquel il assistait. Sans son frère, il ne savait pas où il en serait désormais.

La fillette lui fit un grand sourire en arrivant devant lui et posa sa main sur son épaule. « Pourquoi t’en prenais-tu à ce pokémon ? demanda-t-elle en souriant.

- Je ne sais pas vraiment… Les autres enfants disent que je suis bizarre. Tu penses que je suis bizarre toi ?

- Nous sommes tous un peu bizarre en quelque part si tu y penses. C’est ce que m’a dit mon maître. » Et ils se sourirent, bien que le petit garçon ne comprenait qu’à moitié les paroles de la fillette, c’était la première qui ne l’avait pas regardée de travers. « Les autres enfants sont méchants avec moi, ils disent que je suis un sorcier. »

Elle ne le regarda pas étrangement même après cette révélation, préférant continuer à sourire. « A l’école aussi on ne m’aimait pas, répondit-elle, on me jugeait très mal aussi. Mais un jour, maître m’a choisi pour m’aider à trouver ma place.

- Tu penses que j’ai ma place moi aussi ?

- C’est un peu pour cela que je suis venue. »

Sa vie basculait sans aucun doute à ce moment-là. Cette jeune fille était un oracle venue lui annoncer une nouvelle qui allait changer son existence. A vrai dire, qui dans sa vie n’a jamais rêvé qu’un jour arrive quelqu’un pour vous dire que vous n’êtes pas d’ici et que votre place est ailleurs ? Le garçon savait lui que c’était impossible qu’il puisse faire sa vie à Céladopole et qu’il fallait changer.

Si les adultes n’avaient jamais cru qu’il puisse posséder des pouvoirs étranges, ce n’était pas son cas. Il avait toujours était certain qu’il était différent et qu’il était capable de grandes choses. Le petit garçon savait qu’il avait mis la maîtresse sur le clocher de l’école car il l’avait voulu très fort lorsque cela s’était passé. Il savait aussi qu’il avait mis le gâteau au chocolat sous ses draps car il l’avait voulu pour lui tout seul, qu’il avait volé en haut de l’immeuble car il faisait trop chaud dans sa chambre, ou bien qu’il avait fait voler le stylo sur une dizaine de mètres pour gagner.

Le soir, il prenait toujours sous son lit une vieille boîte de conserve qui y trainait depuis quelques temps pour s’amuser à tenter de la déplacer sans avoir à la toucher. Une fois sur deux, cela marchait à merveille. Durant des mois il s’était amusé à cela avant de passer à des choses plus importantes, comme se téléporter d’un bout à l’autre de la chambre rien qu’en le désirant. Il sentait qu’il était fort même si la source de ce pouvoir lui était inconnue.

« Il faut que tu me suives, lui lança la fillette en le prenant par la main. Maître veut te voir au plus vite, il a dit qu’il pouvait nous apprendre énormément de choses.

- Je ne peux pas te suivre. Maman m’attend pour dîner dans une heure. En plus, je ne sais même pas qui tu es.

- Maître m’a dit que ça ne prendrait pas longtemps si on jouait le jeu, il a aussi dit que j’étais la seule à pouvoir venir te chercher. Et appelle-moi Lin si tu veux.

- Lin… C’est joli comme prénom. » En réponse la fillette lui adressa un grand sourire. « Cela veut dire que tu viens avec moi ? reprit-elle.

- Où cela ?

- Loin, près, je n’en sais rien à vrai dire. Il suffit que tu me donnes ta main et tout sera réglé. » Malgré la situation étrange, il avait étrangement confiance en la fillette et avait envie de prendre sa main dans la sienne pour vivre l’aventure qu’elle était en train de lui promettre. Mais il y avait encore des points à régler, d’après lui.

« Je veux d’abord savoir si tu es mon amie… Je ne peux pas partir si tu n’es pas une amie. Maman dit qu’on ne doit pas partir ou parler avec des étrangers. Si nous sommes amis, nous ne serons pas des étrangers ?

- Alors je veux bien être ton amie, répondit Lin. Je peux même être encore plus, ta meilleure amie. »

Cette fois, ce fut à lui de sourire comme il n’avait pas souri depuis pas mal de temps. Et, lui prenant la main, il avoua à la fillette qu’il s’appelait Diego, ce à quoi elle répondit être enchantée. Autour d’eux, la forêt sembla aspirer dans un trou noir comme un vieux souvenir d’enfant qui se perdrait dans la mémoire d’un adulte et, brusquement, les deux enfants disparurent.

 


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